L’histoire de la guerre d’Algérie reste marquée par des zones d’ombre et des blessures encore mal refermées. Parmi elles, un massacre longtemps enfoui dans la mémoire des familles kabyles commence aujourd’hui à émerger. Le 23 mai 1956, en pleine guerre de libération, l’armée française a attaqué de nuit trois villages kabyles – Tazrout, Ath Soula et Agueni – tuant au moins 75 habitant·es et plongeant les survivants dans l’horreur et le silence.

Une mémoire familiale qui ressurgit
C’est en 2021 que la journaliste et réalisatrice Safia Kessas, d’origine kabyle et installée en Belgique, se penche sur son histoire familiale. Peu avant la disparition de son père, elle découvre, comme un choc, le récit d’une tragédie jamais dite : le massacre des villages voisins de celui de ses parents, dans la nuit du 23 mai 1956.
Cette révélation la pousse à entreprendre une véritable enquête, qu’elle mène avec l’historien Fabrice Riceputi, spécialiste des crimes coloniaux français en Algérie. Ensemble, ils remontent le fil de la mémoire et croisent témoignages, archives et documents pour reconstituer cette nuit sanglante.
Le 23 mai 1956 : une nuit d’horreur
Selon les éléments recueillis, l’armée française aurait encerclé les trois villages kabyles – Tazrout, Ath Soula et Agueni – dans la nuit du 23 mai 1956. Les soldats auraient alors exécuté hommes, femmes et enfants dans une violence extrême. Au moins 75 victimes sont recensées, mais le nombre réel pourrait être bien supérieur.
Les survivants, traumatisés et réduits au silence par la peur et la répression, ont porté cette mémoire douloureuse en secret, parfois même sans jamais la transmettre aux générations suivantes.
Une enquête pour briser le silence
Safia Kessas et Fabrice Riceputi racontent ce travail de mémoire et d’investigation dans une série documentaire en cinq épisodes. Leur démarche n’est pas seulement historique, elle est aussi profondément humaine : redonner une voix aux victimes oubliées et restituer la vérité sur ce crime colonial longtemps occulté.
En retraçant les faits, ils rappellent que la guerre d’Algérie fut aussi marquée par une politique de terreur menée contre les populations civiles, en particulier en Kabylie, région de résistance et de fierté.
Un devoir de mémoire
Presque 70 ans après, cette enquête met en lumière la nécessité de reconnaître et de documenter ces massacres. Elle rappelle aussi que la mémoire des villages kabyles reste au cœur de l’histoire de la guerre de libération.
Pour le peuple algérien, raconter ces événements, c’est refuser l’oubli et honorer la mémoire des innocents sacrifiés. Pour l’histoire, c’est un pas vers la vérité, indispensable à toute réconciliation.
