Dans l’histoire de notre Révolution, certains noms résonnent avec un écho particulier. Parmi eux, celui d’Alban Liechti occupe une place singulière. Né en 1935 à Paris et disparu en août 2024 à l’âge de 89 ans, il fut le premier soldat français à refuser publiquement de prendre part à la guerre coloniale menée par son pays contre l’Algérie. Son geste de conscience, payé par des années de prison, a marqué un tournant dans la lutte anticolonialiste.

Un jeune Français éveillé à la justice

Issu d’une famille ouvrière engagée dans la Résistance, Alban Liechti grandit avec des valeurs de solidarité et de justice. Très jeune, il se prononce contre les guerres coloniales, notamment celle d’Indochine. Quand vient son tour de faire son service militaire, la guerre d’Algérie bat son plein. Mais pour ce jeune homme au sens moral aigu, il est impensable de tirer sur un peuple qui se bat pour sa liberté.

Le premier refus, en 1956

Le 2 juillet 1956, Liechti adresse une lettre au président René Coty dans laquelle il déclare : « Je ne peux prendre les armes contre le peuple algérien en lutte pour son indépendance ». Quelques jours plus tard, il est envoyé de force en Algérie. Là encore, il refuse d’obéir et de porter l’arme coloniale. Son courage lui vaut d’être arrêté et condamné. Il connaîtra les prisons militaires d’Algérie et de France, dans des conditions particulièrement dures.

Un second acte de courage

En 1959, alors que la guerre s’intensifie, Alban réitère son refus. Cette fois, c’est au général de Gaulle qu’il adresse son message. De nouveau condamné, il passera au total près de quatre années derrière les barreaux, isolé, mais jamais brisé. Son geste va inspirer une quarantaine d’autres jeunes appelés français, eux aussi révoltés par cette guerre injuste.

Soutenu par les forces progressistes

En France, des organisations comme le Secours Populaire et des militants communistes se mobilisent pour défendre ce qu’on appellera bientôt les « soldats du refus ». Le nom d’Alban Liechti devient un symbole de courage et de fidélité aux valeurs humaines, bien au-delà des frontières françaises.

Libération et reconnaissance

Libéré en mars 1962, quelques jours avant le cessez-le-feu et les Accords d’Évian, il est finalement amnistié en 1966. Mais loin de se retirer, Liechti reste fidèle à ses idéaux. Il continuera à dénoncer le colonialisme, à témoigner de son expérience et à militer pour la paix et la justice. Son engagement sera reconnu en Algérie : beaucoup voyaient en lui un frère de combat, un ami sincère du peuple algérien.

Un hommage du peuple algérien

Lorsque sa disparition fut annoncée en août 2024, les hommages se sont multipliés des deux côtés de la Méditerranée. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune salua sa mémoire en le qualifiant d’« ami éminent de la Révolution algérienne ». En Algérie, son nom reste associé à l’image d’un Français qui a choisi l’honneur et la justice, plutôt que l’obéissance aveugle à une guerre coloniale.


Héritage d’un homme libre

Alban Liechti n’était pas seulement un objecteur de conscience : il était la preuve vivante que la fraternité entre les peuples est possible, même dans la tourmente. Son geste, courageux et solitaire, appartient désormais à l’histoire commune de la France et de l’Algérie. Pour notre peuple, il restera un symbole de dignité et de solidarité dans la lutte pour l’indépendance.