Un réseau soupçonné de trafiquer des cartes de séjour a été découvert, impliquant deux employés préfectoraux présumés corrompus. Treize individus, tant hommes que femmes, sont accusés de participation à cette fraude. Selon une enquête révélée par Le Parisien, ces individus, âgés de 21 à 55 ans, auraient orchestré et mené un commerce illégal de documents administratifs à Paris et dans ses environs depuis janvier 2021, bénéficiant de la coopération de deux fonctionnaires de la préfecture.

Plusieurs membres de ce groupe ont été inculpés en juin dernier à Paris. Le leader de ce réseau et un complice sont actuellement en fuite à l’étranger. Le 17 octobre 2023, la chambre de l’instruction a confirmé la libération sous caution de deux intermédiaires du réseau, Hadj, 55 ans, et Fayçal, 26 ans. Hadj, propriétaire de deux bars à chicha dans le Nord et l’Ouest de Paris, est soupçonné de faciliter le recrutement de clients pour ce réseau et d’avoir établi son propre système frauduleux avec l’aide de son videur.

Une méthode bien rodée

En mai 2022, la SDLII a été alertée d’un groupe actif à Paris, aidant un grand nombre d’immigrants clandestins du Maghreb et d’Égypte à obtenir frauduleusement des cartes de séjour européennes pour des sommes allant de 10 000 à 18 000 euros. Ce document leur accordait le droit de résider en France avec renouvellement automatique tous les cinq ans et la possibilité de naturalisation.

Les immigrants cherchant à régulariser leur situation étaient orientés vers un fonctionnaire complice en préfecture. Les fraudeurs, se faisant passer pour des ressortissants européens, fournissaient de faux justificatifs et documents d’identité. Le fonctionnaire corrompu scannait ces documents et remettait un récépissé en attendant la finalisation du dossier. Les falsifications étaient difficiles à détecter car les experts n’avaient accès qu’aux versions numériques des documents.

Des faussaires à l’étranger

À l’étranger, le réseau dirigé par Sifou opérait en Turquie, aux Pavillons-sous-Bois et à Rosny-sous-Bois, utilisant un matériel informatique sophistiqué. Fouad, le « Directeur », 45 ans, coordonnait les opérations avec Kamal, 31 ans, spécialiste en faux documents, et Mounir, 44 ans, officiellement plombier. Les faux documents étaient produits soit à Istanbul, soit en région parisienne. Les opérations policières ont révélé l’implication de la compagne de Louis, ramenant de faux passeports de Turquie, et d’une employée du consulat marocain, facilitant l’obtention de documents pour des clients marocains.

Vague d’interpellations à Paris

Le 5 juin 2023, une série d’arrestations et de perquisitions à Paris et dans les environs a conduit à la saisie de matériel et à l’arrestation de huit suspects. Les auditions des suspects ont eu lieu, mais les enquêtes se poursuivent et les chefs du réseau restent insaisissables.