Depuis le début de l’été, un appel mystérieux à la mobilisation circule sur les réseaux sociaux en France, invitant les citoyens à « tout arrêter » le mercredi 10 septembre 2025. L’objectif : provoquer une paralysie économique du pays. Ce mouvement, initialement discret, a rapidement gagné en visibilité et commence à attirer l’attention des partis politiques et des syndicats.

Une initiative née sur TikTok et amplifiée par l’IA
Le mouvement a débuté le 11 juillet avec une vidéo publiée sur TikTok. Réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle, cette vidéo mettait en scène une voix robotique accompagnée d’une image fixe, appelant à une « résistance pacifique » et à un arrêt massif des activités le 10 septembre.
La vidéo a d’abord été vue plus de 42 000 fois et repostée sur X (anciennement Twitter). Rapidement, le message a été partagé par des centaines d’utilisateurs avec le slogan : « Nous ne payons plus, ne consommons plus, ne travaillons plus, gardons nos enfants avec nous ». Aujourd’hui, le contenu a été visionné plus de 1,5 million de fois, témoignant de l’ampleur croissante du mouvement.
Des appels à la mobilisation généralisée
Les publications en ligne, souvent accompagnées d’images créées par intelligence artificielle, incitent les participants à retirer leur argent des banques et à privilégier les paiements en espèces. Les dates clés de mobilisation annoncées sont le 10 et le 18 septembre 2025, avec un risque de perturbations majeures dans plusieurs secteurs.
Des syndicats divisés sur les dates
Les syndicats français se montrent partagés :
- La CGT soutient l’appel spontané du 10 septembre.
- FO et CFDT concentrent leurs actions sur le 18 septembre.
Toutes ces fédérations, couvrant les branches État, hospitalière et territoriale, ont déposé des préavis de grève pour les deux dates, afin de préparer leurs adhérents.
Secteurs concernés par la paralysie
Le mouvement pourrait toucher fortement les transports :
- Transports ferroviaires et aériens, avec des grèves annoncées par la CGT-Cheminot et Sud Aérien.
- Fonction publique, avec un préavis de grève déposé dès le 10 septembre par la CGT.
Le secteur de la santé pourrait également être affecté, certains syndicats de pharmaciens prévoyant la fermeture des officines ce jour-là et tous les samedis suivants. L’Éducation nationale reste sous préavis, mais la participation des enseignants aux journées clés n’est pas encore confirmée.
Deux dates, deux dynamiques
Alors que le 10 septembre apparaît comme une mobilisation spontanée et largement relayée sur les réseaux sociaux, le 18 septembre correspond davantage à un calendrier syndical classique. Les autorités françaises se préparent à une journée potentiellement chaotique, tandis que les entreprises et les services publics s’organisent pour limiter les perturbations.
Un appel viral né sur Internet
L’initiative de bloquer la France le 10 septembre est née en ligne, au sein d’une boucle Telegram d’un collectif associatif du Nord appelé « les Essentiels » autour du 21 mai 2025. Ce mouvement a connu une montée en viralité à la suite de l’annonce du budget 2026 par François Bayrou en juillet, acte déclencheur qui a alimenté le mécontentement national .
Des revendications variées et radicales
Les mots d’ordre du mouvement sont multiples, parfois contradictoires. On y trouve :
- la démission d’Emmanuel Macron,
- une forte critique de la politique budgétaire du gouvernement,
- des revendications sociales (retraite à 60 ans, retour de l’ISF, justice fiscale),
- des appels à des actions directes comme la grève, le boycott, l’arrêt des paiements (ex. « grève de la carte bancaire »), la désobéissance civile, voire un « confinement citoyen » .
Une forte politisation à gauche radicale
Contrairement à l’image d’un mouvement spontané et transpartisan, « Bloquons tout » est fortement marqué politiquement. Selon une enquête de la Fondation Jean-Jaurès :
- 69 % des sondés affirment avoir voté pour Mélenchon au 1er tour de la présidentielle de 2022 (contre 22 % à l’échelle nationale). En y ajoutant les votes pour Poutou (10 %) et Arthaud (2 %), plus de 80 % des participants sont issus de la gauche radicale WikipédiaFondation Jean-JaurèsLe Monde.frTF1 INFO.
- Ils sont également beaucoup plus politisés que la population générale : 71 % disent s’intéresser « beaucoup » à la politique, contre seulement 19 % dans la population en général .
Une base sociale jeune, diplômée et localisée
Le profil des participants confirme une forte différence avec les Gilets jaunes :
- Surreprésentation des cadres, étudiants, lycéens ; catégories populaires et retraités sous-représentés.
- Niveau d’éducation élevé : près de 52 % ont au moins un bac+3, soit beaucoup plus que dans la population générale.
- Géographiquement, beaucoup vivent dans des petites et moyennes villes (entre 2 000 et 100 000 habitants), plutôt qu’en zones urbaines majeures Fondation Jean-Jaurès.
Une défiance radicale envers le système politique
Même si beaucoup se disent proches de la gauche, la majorité adopte une posture de défiance : 68 % se sont abstenus ou ont voté blanc/nul au second tour de 2022 — un taux bien supérieur à la moyenne nationale de 35 %.
Par ailleurs, une part notable du mouvement considère la violence comme “normale” pour défendre ses intérêts : 44 % des répondants y sont favorables, contre seulement 22 % en population générale.
Une mobilisation ambiguë mais largement soutenue
Le mouvement jouit d’un soutien populaire solide : selon un sondage Toluna–Harris Interactive pour RTL, 63 % des Français déclarent soutenir la journée de blocages du 10 septembre.
Des partis politiques de gauche comme La France Insoumise, les Écologistes, le Parti communiste et le Parti socialiste ont apporté leur soutien. En revanche, le Rassemblement national refuse de s’y associer. Les syndicats, quant à eux, restent prudents ou critiques à l’égard d’un mouvement jugé nébuleux et susceptible d’un « noyautage » par l’extrême droite.
À quoi s’attendre le 10 septembre ?
Le mouvement entend bloquer les transports, les services publics, les écoles, les commerces, et appelle à une « journée noire » nationale. La CGT Cheminots et Sud-Rail soutiennent l’appel à la grève, tout comme plusieurs branches de la fonction publique. Du côté des secteurs comme la pharmacie ou l’éducation, les impacts se dessinent aussi pour le 18 septembre l.
Par ailleurs, des campagnes de désinformation, de faux comptes sur les réseaux (astroturfing), et des ingérences étrangères (Russie, Iran selon Viginum) ont contribué à amplifier et polariser le mouvement en ligne.
En synthèse
« Bloquons tout le 10 septembre » se présente comme une mobilisation citoyenne digitale, portée par une base militante de gauche radicale, jeune, diplômée et politisée. Ses revendications variées — allant d’une justice sociale accrue à la démission du gouvernement — et ses modalités d’action revendiquées (grève, boycott, possible violence) en font un mouvement à la fois puissant, novateur et incertain dans son déroulement.
