Le tribunal criminel de Dar El Beïda a rendu, ce dimanche, un verdict très attendu dans une affaire de violence qui a bouleversé le quartier Boumati, à El Harrach. Le procès concernait A. Abdelmalek, un homme de 40 ans, connu des services de police pour des faits antérieurs de port d’arme prohibée. Cette fois, il comparaissait pour tentative de meurtre, après avoir poignardé un jeune homme, Ahmed D., qui l’avait repris alors qu’il importunait des collégiennes dans la rue.
Une agression en pleine rue qui choque tout un quartier
Les faits remontent au 8 octobre 2024, aux abords d’un établissement scolaire situé dans le quartier populaire de Boumati, à l’est de la capitale. Ce matin-là, un groupe de jeunes filles se rendait tranquillement en classe lorsqu’elles ont été la cible de propos déplacés de la part d’un individu travaillant non loin de là.
Témoin de la scène, Ahmed D., un jeune homme du quartier, n’a pas hésité à intervenir pour défendre les élèves, lançant à l’agresseur :
« Et si c’était ta sœur, tu accepterais ? »
Une phrase qui a déclenché une réaction d’une extrême violence. Sans un mot, l’accusé a sorti un couteau caché dans son pantalon et a frappé Ahmed à la cuisse droite avant de s’enfuir, laissant sa victime grièvement blessée sur le trottoir.
Une vie bouleversée à jamais
Rapidement alertés, les secours ont pu transporter la victime à l’hôpital Salim Zemirli, où il a été opéré en urgence. S’il a échappé de peu à la mort, le jeune homme souffre aujourd’hui de sévères séquelles : une paralysie partielle de la jambe droite, nécessitant le port d’une attelle à vie et une rééducation constante. L’incapacité médicale est estimée à plus d’un mois, mais les conséquences, elles, sont durables.
Un verdict qui fait débat
Lors de l’audience, A. Abdelmalek a reconnu les faits, tout en affirmant qu’il n’avait pas eu l’intention de tuer. Il a déclaré avoir « réagi impulsivement » et a exprimé des regrets. Le procureur, quant à lui, a requis la réclusion à perpétuité, estimant que l’ensemble des éléments constitutifs d’une tentative de meurtre étaient réunis :
- usage d’une arme blanche,
- violence ciblée,
- absence de légitime défense,
- séquelles graves.
Cependant, le tribunal a opté pour une peine plus clémente : 2 ans de prison ferme et 200 000 DA d’amende, estimant que les aveux et les remords de l’accusé pouvaient être considérés comme des circonstances atténuantes.
Une population entre incompréhension et indignation
Cette décision judiciaire suscite déjà de vives réactions dans le quartier. Beaucoup s’interrogent : comment une tentative de meurtre, avec des séquelles lourdes pour la victime, peut-elle n’être sanctionnée que par deux années de prison ? Pour d’autres, cette affaire souligne une fois de plus les dangers encourus par ceux qui osent s’interposer pour protéger autrui, surtout face à une violence de plus en plus banalisée.
L’affaire A. Abdelmalek est bien plus qu’un fait divers. Elle pose des questions profondes sur la sécurité dans l’espace public, la réponse pénale, et surtout sur le prix à payer pour le courage civique.
