Une proposition d’amendement examinée actuellement par le Parlement français menace de taxer les envois d’argent de la diaspora algérienne vers leur pays d’origine. Le texte, inscrit dans le cadre du budget 2026, prévoit l’instauration d’une taxe de 1% sur tous les transferts effectués depuis la France vers les pays situés hors de l’Union européenne, dont l’Algérie figure parmi les principaux destinataires.

La diaspora algérienne directement visée
Cette mesure, portée par six députés français – Charles Alloncle, Bernard Chaix, Christelle D’Intorni, Bartolomé Lenoir, Maxime Michelet et Éric Michoux – concernerait les millions d’Algériens établis en France qui envoient régulièrement de l’argent à leurs familles restées au pays. Seuls les transferts personnels seraient taxés, excluant les opérations professionnelles, commerciales, financières ou humanitaires.
Concrètement, un Algérien résidant en France qui envoie 200 euros à sa famille à Sétif, Oran ou Alger devrait désormais s’acquitter de 2 euros supplémentaires de taxe. Pour un transfert de 500 euros, la taxe s’élèverait à 5 euros.
L’Algérie parmi les premiers pays concernés
Le texte législatif cite explicitement l’Algérie aux côtés du Maroc, de la Tunisie, du Sénégal, du Mali, des Comores et de la Côte d’Ivoire comme principaux pays destinataires de ces flux financiers. Selon les données de la Banque mondiale et de la Banque de France mentionnées dans la proposition, ces transferts représentent près de 10 milliards d’euros par an au total depuis la France.
Pour l’Algérie spécifiquement, ces envois de fonds constituent une source importante de devises. La diaspora algérienne en France, estimée à plusieurs millions de personnes, représente l’une des plus importantes communautés étrangères sur le territoire français et contribue significativement à l’économie algérienne à travers ces transferts réguliers.
Un dispositif présenté comme une réponse au “coût de l’immigration”
La justification avancée par les auteurs de l’amendement ne laisse aucun doute sur l’orientation idéologique du texte. Les députés établissent un lien direct entre l’augmentation des flux migratoires vers la France et la hausse des transferts d’argent vers l’étranger.
Le texte s’appuie sur les chiffres de l’Observatoire de l’Immigration et de la démographie pour affirmer que l’immigration représenterait un coût brut de 75 milliards d’euros pour les finances publiques françaises, ramené à 41 milliards d’euros net après déduction des contributions des étrangers. Une rhétorique qui assimile clairement cette taxe à une forme de “compensation” financière.
Cette taxe devrait rapporter environ 100 millions d’euros par an au budget de l’État français, collectés par les banques et opérateurs de transfert qui reverseraient mensuellement les sommes à la direction générale des Finances publiques.
Un outil de pression sur Alger ?
L’aspect le plus préoccupant pour l’Algérie réside dans l’article prévoyant la possibilité pour le gouvernement français d’exonérer, par décret, certains pays de cette taxe. Cette exemption serait accordée aux pays jugés “coopératifs” en matière de sécurité ou de gestion migratoire.
Ce mécanisme transforme clairement la taxe en instrument de pression diplomatique. Le message est sans équivoque : les pays qui acceptent de collaborer avec Paris sur les questions de contrôle migratoire et de réadmission de leurs ressortissants en situation irrégulière pourraient voir leurs diasporas exemptées de cette taxe.
Pour l’Algérie, qui a toujours refusé de se plier aux exigences françaises en matière de délivrance de laissez-passer consulaires et de réadmission forcée de ses ressortissants, cette disposition ressemble à une nouvelle forme de chantage.
Des conséquences économiques et sociales
Si cette mesure était adoptée, elle affecterait des centaines de milliers de familles algériennes qui dépendent de l’argent envoyé par leurs proches établis en France. Ces transferts, souvent modestes mais réguliers, permettent à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins essentiels, de payer les études des enfants ou les soins médicaux.
Au-delà de l’impact social, cette taxe pourrait également encourager le développement de circuits parallèles et informels de transfert d’argent, échappant à tout contrôle et potentiellement plus coûteux pour les usagers.
Réactions attendues
À ce stade, ni le gouvernement algérien ni les associations de la diaspora n’ont officiellement réagi à cette proposition. Toutefois, si le texte venait à progresser dans le processus législatif français, il pourrait susciter de vives tensions diplomatiques entre Alger et Paris, déjà marquées par plusieurs contentieux migratoires et mémoriels.
Cette proposition s’inscrit dans un contexte de durcissement continu de la politique migratoire française, illustré récemment par les déclarations du ministre sortant de l’Intérieur Bruno Retailleau sur le durcissement de l’accès aux cartes de séjour pluriannuelles.
Le débat parlementaire sur cet amendement promet d’être animé, et son issue demeure incertaine. Mais sa simple existence témoigne d’une évolution préoccupante dans la manière dont certains responsables politiques français envisagent la relation avec les diasporas issues de l’immigration.

