CULTURE

Mohand Sidi Saïd : de la pauvreté en Kabylie à la direction mondiale de Pfizer, le destin exceptionnel d’un enfant du Djurdjura

Parti d’un petit village de Kabylie où il vendait des fruits et légumes pour subvenir aux besoins de sa famille, Mohand Sidi Saïd est parvenu à occuper l’un des postes les plus prestigieux de l’industrie pharmaceutique mondiale. Ancien vice-président du géant américain Pfizer, cet Algérien né au pied du Djurdjura incarne un parcours remarquable, construit autour de l’éducation, du travail et de la persévérance.

Une enfance difficile dans les montagnes de Kabylie

Né en 1939 dans une famille modeste de la région du Djurdjura, Village : Aït Sidi Saïd Commune : Aïn El Hammam Wilaya : Tizi Ouzou, en Haute Kabylie, Mohand Sidi Saïd a connu très jeune les difficultés de la vie.

Privé de ses parents durant son enfance, il grandit auprès de sa grand-mère, avec ses frères et sa sœur, dans un environnement marqué par la pauvreté.

Dès son plus jeune âge, il participe aux besoins du foyer en vendant des fruits et légumes sur les marchés de la région.

À cette époque, rien ne laisse présager qu’il deviendra, plusieurs décennies plus tard, l’un des principaux responsables d’une multinationale pharmaceutique américaine.

Pourtant, une rencontre va profondément transformer son avenir.

À dix ans, une rencontre qui change toute une vie

À la fin des années 1940, alors que Mohand Sidi Saïd travaille sur un marché, son cousin Hachimi Oussedik, instituteur de profession, l’encourage à rejoindre l’école.

Cette proposition marque un tournant déterminant.

Avec l’appui de sa grand-mère, le jeune garçon commence sa scolarité à l’âge de dix ans, bien plus tard que la plupart des enfants.

Il découvre alors un univers qui lui était jusque-là inaccessible : celui de l’instruction et du savoir.

Conscient que les études peuvent lui permettre de sortir de la précarité, il s’investit pleinement dans son apprentissage.

Ce premier pas vers l’école constituera le point de départ d’une ascension sociale et professionnelle exceptionnelle.

De l’université d’Alger aux grandes écoles internationales

Après avoir poursuivi sa formation en Algérie, Mohand Sidi Saïd étudie le droit à l’université d’Alger.

Son parcours universitaire le conduit ensuite en France, où il fréquente l’Institut d’administration des entreprises d’Aix-en-Provence.

Il complète également sa formation aux États-Unis, à la prestigieuse Carnegie Mellon University, située à Pittsburgh.

Cette formation internationale lui permet d’acquérir des compétences en gestion, en administration et en management.

Malgré les sacrifices nécessaires, il poursuit son ambition avec une conviction : l’apprentissage ne doit jamais s’arrêter.

Une consultation médicale à Alger lui ouvre les portes de Pfizer

Son entrée dans l’industrie pharmaceutique intervient à la suite d’un concours de circonstances inattendu.

Alors qu’il consulte un médecin à Alger pour une grippe, ce dernier lui remet une lettre de recommandation destinée à un responsable du laboratoire Pfizer.

Après avoir passé les étapes de sélection et effectué une période de formation, Mohand Sidi Saïd rejoint l’entreprise américaine en qualité de délégué médical.

Ce premier poste marque le début d’une carrière de plusieurs décennies au sein du groupe.

Grâce à ses résultats, son sens du management et son expérience internationale, il accède progressivement à des responsabilités de plus en plus importantes.

Il devient finalement vice-président de Pfizer et membre de son comité exécutif mondial, participant aux grandes orientations de l’entreprise.

Il exerce notamment des responsabilités opérationnelles couvrant l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie, l’Australie et l’Amérique latine.

Un parcours qui le place parmi les Algériens ayant atteint les plus hautes fonctions dans l’industrie pharmaceutique internationale.

Un dirigeant attaché aux valeurs humaines

Au-delà de sa réussite professionnelle, Mohand Sidi Saïd s’est également distingué par son engagement en faveur de l’accès aux soins.

En Afrique du Sud, il défend notamment un accès plus large aux traitements contre le VIH/sida.

Au Pakistan, il contribue au financement d’un centre de dialyse destiné à répondre aux besoins de patients souffrant d’insuffisance rénale.

Il participe également à des initiatives permettant la reprise de certaines installations industrielles par des fondations liées aux salariés, notamment dans plusieurs pays en développement.

Ces différentes actions illustrent sa volonté de concilier les objectifs économiques d’une grande entreprise avec des préoccupations sociales et sanitaires.

Un attachement profond à l’Algérie et à ses origines

Malgré une carrière internationale qui l’a conduit à travailler avec des responsables économiques et politiques de nombreux pays, Mohand Sidi Saïd n’a jamais oublié ses origines.

Son histoire personnelle reste profondément liée à la Kabylie, où il a grandi dans des conditions difficiles.

Pendant les années 1990, il participe aux efforts visant à développer la présence industrielle de Pfizer en Algérie, notamment à travers un partenariat avec le groupe pharmaceutique public Saidal.

Il continue également de s’intéresser aux perspectives économiques de son pays d’origine.

Pour lui, l’Algérie dispose d’atouts importants pour développer son industrie pharmaceutique, la recherche scientifique et les nouvelles technologies médicales.

Il considère notamment que les biotechnologies et l’intelligence artificielle joueront un rôle majeur dans l’évolution de la médecine.

À 87 ans, toujours engagé dans la transmission du savoir

Aujourd’hui âgé de 87 ans, Mohand Sidi Saïd a quitté depuis longtemps ses fonctions opérationnelles chez Pfizer.

Installé à Aix-en-Provence, en France, il continue néanmoins de participer à des conférences, de partager son expérience et de défendre ses idées sur l’avenir de la santé.

Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Du Djurdjura à Manhattan, dans lequel il revient sur son parcours.

Ses réflexions portent notamment sur les inégalités d’accès aux traitements médicaux, les innovations pharmaceutiques et le rôle de la recherche dans l’amélioration des systèmes de santé.

Il défend ainsi une approche dans laquelle les personnes disposant de revenus élevés pourraient contribuer davantage au financement des soins, afin de faciliter l’accès des populations modestes aux traitements innovants.

Un exemple pour les jeunes générations de Kabylie et d’Algérie

L’histoire de Mohand Sidi Saïd dépasse largement le cadre d’une réussite professionnelle.

Elle rappelle le rôle déterminant que peuvent jouer l’éducation, les rencontres et la persévérance dans la construction d’un avenir.

D’un enfant contraint de travailler sur les marchés du Djurdjura à un dirigeant occupant une place importante au sein de Pfizer, son parcours témoigne des possibilités offertes par l’instruction et la volonté d’apprendre.

Son expérience constitue également un exemple de la contribution que les compétences algériennes établies à l’étranger peuvent apporter à leur pays d’origine.

Plus de sept décennies après ses premiers pas à l’école, Mohand Sidi Saïd reste attaché à une conviction simple : la véritable réussite ne se mesure pas uniquement aux responsabilités occupées, mais aussi au savoir acquis et à ce que l’on peut transmettre aux autres.


FREHA24 | Société – Kabylie – Diaspora

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