Le football africain vit l’un des moments les plus troublants de son histoire. Le Jury d’appel de la CAF a rendu hier soir une décision sans précédent : dépouiller le Sénégal de son titre de champion d’Afrique 2025 pour le transférer au Maroc, adversaire des Lions de la Teranga en finale.
Ce qui s’est passé
Tout part d’un incident survenu lors de la finale. Les joueurs sénégalais avaient momentanément quitté le terrain en signe de protestation, avant de revenir et de disputer la fin de la rencontre. Deux mois plus tard, le Jury d’appel ressort cet épisode pour invoquer l’article 84 du règlement de la compétition, prononcer le forfait du Sénégal et lui infliger une défaite administrative sur le score de 0-3.
Le résultat : un trophée change de mains par voie de communiqué, longtemps après que les confettis sont retombés sur la pelouse. Du jamais vu dans l’histoire du football continental.
Une crédibilité de la CAF à nouveau en lambeaux
Pour beaucoup d’observateurs, cette décision ne fait pas que choquer — elle crée un précédent alarmant. Que le sort d’une compétition puisse être réglé sur un bureau, des semaines après le coup de sifflet final, ouvre une brèche dangereuse dans la gouvernance du football africain. La CAF, institution déjà fragilisée par des controverses répétées, ajoute une nouvelle page noire à son bilan.
Le Sénégal ne lâchera pas le trophée
La riposte sénégalaise a été immédiate et sans ambiguïté. La Fédération sénégalaise de football (FSF) a rapidement diffusé des images des célébrations populaires qui avaient suivi le sacre, rappelant que ce titre a été conquis sur le terrain, devant un public en liesse.
Son président, Augustin Senghor, a été on ne peut plus direct : le Sénégal conteste la légitimité de cette décision et n’entend pas rendre le trophée. « Ils ont osé se substituer à l’arbitre de la finale… Le Sénégal gardera son trophée quoi qu’il arrive », a-t-il déclaré.
Dans le vestiaire, la colère est palpable. Le défenseur Moussa Niakhaté, joueur de l’Olympique Lyonnais, a pris la parole sur les réseaux sociaux avec une intensité rare. Après avoir célébré le titre « pour l’éternité », il a posté une photo du trophée avec un message lapidaire : « Venez les chercher ! » Puis, dans un second message : « Ce n’est pas de l’intelligence artificielle, c’est la réalité » — traduisant l’incrédulité et la fureur qui règnent dans le groupe.
Sadio Mané, lui, a choisi l’image plutôt que les mots. Une photo de lui brandissant le trophée à Rabat, avec cette seule légende : « Le monde connaît les vrais champions ».
La bataille se déplace devant les tribunaux
La FSF dispose désormais d’un délai de dix jours pour saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) et attaquer la décision de la CAF. Un recours qui semble inévitable, et dont les répercussions pourraient bien dépasser les frontières africaines.
Cette affaire, quelle que soit son issue finale, s’inscrit déjà dans les annales de la CAN comme l’un des épisodes les plus sombres et les plus controversés de son histoire. Le football africain en sortira durablement meurtri.
